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Jumelles Sans Frontières
CHRONIQUE JSF

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Chroniques JSF

01. Etes-vous jumelles ?
02. Moscou entre jumeaux
03. Voyage en Transsibérien
04. Une semaine à Pékin
05. Made in China
06. C'est Byzance !
07. Souper chez les Dagoglu
08. Ikizler et potiers d'Avanos
09. La folie du Caire
10. Identité : nord-africaine
11. Jumelles en vadrouille
Assos, Turquie, oct. 06
Café Pouchkine, Moscou, sept. 06
Place Tien'anmen, Pékin, sept. 06
Casablanca, Maroc, nov. 06
Can Tho, Vietnam, mai 04

JUMELLES EN VADROUILLE
n°11, 2 janvier 2007

Toujours déroutant de terminer une aventure humaine comme celle que
nous avons vécue. Trois mois de voyage et de découvertes où le temps
nous aura semblé presque extraordinaire. Une parenthèse de nos vies qui
se referme sur une
happy end : noël en famille. Pourtant, on dirait que
quelque chose nous manque déjà : un bus à prendre, un hébergement à
trouver, une rencontre imprévue … Mais voilà, JSF c’est fini. L’heure est au
bilan.

Nous sommes deux sœurs, jumelles et aventurières, parties à la rencontre
de nos semblables à travers le monde. Première étape du voyage,
Moscou>Pékin par le Transsibérien. Et puis il y a eu la Chine, la province
du Yunnan et Hong-Kong, la Turquie, l’Egypte et le Maroc. Plus de trente
mille kilomètres parcourus, quelques frontières et contrées traversées pour
mieux comprendre le monde des jumeaux et celui de nos contemporains.
Dépaysement réussi. Objectif atteint. Une histoire d’hommes et de femmes
qui se racontent pour faire exister l’échange interculturel.

De nos rencontres de jumeaux, nous avons appris que le lien qu’il pouvait
exister entre deux êtres nés le même jour, d’une même mère, dépendait
beaucoup du sens qu’on lui avait donné, très souvent influencé par les
parents et l’entourage familial. Habillés pareil, fréquentant les mêmes
écoles, partageant les mêmes centres d’intérêt, les jumeaux sont
conditionnés enfants à penser et à vivre pareil. Par ignorance ou
méconnaissance du sujet, les médias en font des personnages
indissociables, indiscernables et inséparables. Naturellement, ils vivent leur
gémellité comme une "fusion". Avant même la naissance, les vrais jumeaux
– ou jumeaux identiques – développent un lien unique les attachant l’un à l’
autre. Des études menées révèlent pourtant que la gémellité est « un
fardeau qui oblige à une construction symbolique ardue de la différence d’
individualité, essentielle au fonctionnement humain. » (Françoise Parot,
maître de conférences de psychologie à Paris-V *). Nous avons rencontré
des jumeaux qui ont du s’éloigner pour vivre un épanouissement personnel.
Même si la séparation leur a semblé douloureuse, ils disent avoir fait le bon
choix, que la distance géographique était nécessaire à les rapprocher et à
mieux se comprendre. Moins de disputes et de désaccords, moins de
reproches et de sentiment de culpabilité. Aujourd’hui, ils tiennent ensemble
un atelier de poterie en Turquie (lire article 8 -
Ikizler et potiers d’Avanos).
Dans d’autres cas, la rupture peut être violente voire destructrice (perte de l’
identité, dépression, sentiment d’abandon). Partagés entre amour/haine et
bonheur/peine, les jumeaux sont très jeunes marqués par un sentiment d’
attachement et de dépendance affective. Créant un monde à eux, ils
commencent leur vie avec le souci de l’autre. Comment alors ne pas parler
de couple étrange** ?

La question se pose inévitablement au sein de la famille. Pour les parents,
la tâche est double. Ils doivent consacrer le même temps et la même
attention à chaque enfant, ne pas donner plus à l’un qu’à l’autre, n’instaurer
ni jalousie ni compétition entre eux. Les parents que nous avons rencontrés
lors de notre voyage disaient être heureux d’avoir des jumeaux malgré des
débuts difficiles. Souvent pris à partie, ils devaient adopter une attitude
neutre face aux heurts et confrontations de leur progéniture. Tous nous l’ont
dit, la psychologie des jumeaux est complexe. Et pourtant, chaque histoire
commence de la même façon : nous sommes né(e)s ensemble … Partout
tolérée, souvent célébrée (lire article 4 -
Une semaine à Pékin), la gémellité
semble mieux perçue dans les cultures orientales et africaines. Moins de
questions se posent. Les frères togolais Yom et Yoma Sogoyou
témoignent: « Dans notre culture, les jumeaux sont entourés d’un certain
mythe. Ils sont vénérés et respectés ».

Personnellement, ce voyage nous aura appris à accepter le regard des
autres, à comprendre et à être comprises – sentiment inestimable. De notre
relation de jumelles, nous aurons grandi, apprenant à tolérer nos
différences, comprenant que nous devions nous détacher pour vivre chacune
notre propre vie, en se promettant une chose : ne jamais perdre la force que
nous avions d’être nées à deux. En voyage, nous avons du nous ajuster aux
situations et aux différences culturelles. Le jeu était double. Poser des
questions et répondre aux attentes de nos rencontres. Le projet se
déplaçait avec nous. Il nous donnait un prétexte au voyage et une motivation
à poursuivre. Le hasard des rencontres nous aura amené à trouver des
réponses à nos questions. Un mystère demeure pourtant : notre code
génétique. Sommes-nous identiques ou non ? Un test d’habilités musicales
effectué en juillet 2006 révèle que nous sommes monozygotes à 95%.
Reste à élucider les cinq derniers pour cent.

En plus de toutes ces rencontres, nous aurons vu le monde. De nos
contemporains, nous aurons appris. Des paysages traversés, nous aurons
été séduites.
L’ordinaire aura été tout bonnement étonnant. A tous,
une bonne et heureuse année 2007 placée sous l’espoir d’un monde
meilleur !

Nostalgiques et fidèles rassurez-vous, le tour du monde des jumeaux n’est
pas fini. JSF reviendra avec de nouvelles idées. Paroles de jumelles !

* Extrait de Sciences et avenir, HS n°149, L’énigme des vrais jumeaux, déc.06/janv.07, p.23
** A lire :
Le Paradoxe des jumeaux et les Jumeaux, le couple et la personne de René Zazzo
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